- Un durcissement modéré, mais plus de refus
- Un refus n’est pas toujours un mauvais dossier
- Le crowdlending, un pont entre l’épargnant et la PME
- Ce qu’un investisseur suisse doit peser
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En Suisse, le crédit aux entreprises fait rarement les gros titres. Chez nos voisins de la zone euro, il change pourtant de visage. Selon les dernières données de la Banque centrale européenne, les banques refusent davantage de demandes de prêt, en particulier aux petites et moyennes entreprises. Pour un investisseur suisse qui cherche des revenus en dehors des actions et des obligations, la question devient concrète : ce besoin de financement non couvert est-il une opportunité, ou un signal d’alerte ?
Un durcissement modéré, mais plus de refus
L’enquête trimestrielle de la BCE sur la distribution du crédit, publiée en juillet 2026, montre un durcissement net de 7 % des critères d’octroi aux entreprises au deuxième trimestre, contre 10 % au premier. Les banques s’attendaient à bien pire, 19 %. Le durcissement est plus net sur les prêts à long terme (7 %) que sur le court terme (2 %).
Les refus, eux, progressent. La part des demandes rejetées augmente de 6 % en solde net, contre 3 % le trimestre précédent, du jamais vu depuis fin 2024. Les PME sont un peu plus touchées que les grandes entreprises (7 % contre 5 %), surtout en Allemagne et en Espagne, et leur demande de crédit bancaire recule. Les banques prévoient encore un léger resserrement au troisième trimestre.
Côté entreprises, l’enquête SAFE de la BCE confirme la tendance. Au deuxième trimestre 2026, 43 % des PME (en solde net) constatent une hausse des taux de leurs crédits bancaires, contre 24 % trois mois plus tôt. 31 % des entreprises signalent des frais et commissions en hausse, 10 % des exigences de garanties plus strictes. L’écart entre les besoins de crédit des PME et leur accès au crédit passe de 3 % à 5 %. Autrement dit, les besoins grandissent plus vite que l’offre, ce qui ne veut pas dire que 5 % des PME ont été refusées.
Un refus n’est pas toujours un mauvais dossier
Une banque peut écarter une entreprise parce que son crédit est faible. Mais bien souvent, la raison est ailleurs. La banque a déjà beaucoup prêté à un secteur, et au deuxième trimestre ce sont l’automobile et les industries énergivores qui ont vu leurs conditions se durcir le plus. Elle doit immobiliser des fonds propres pour chaque prêt et se refinance plus cher. Ou le dossier est simplement trop petit : instruire un prêt de 200 000 euros demande presque autant de travail qu’un prêt de plusieurs millions, pour une marge bien plus faible.
Une PME rentable peut donc se retrouver sans crédit bancaire. Elle se tourne alors vers l’affacturage pour ses factures, le leasing pour ses machines, des fonds de dette privée pour un projet plus important, ou des plateformes de prêt participatif. Ces financements coûtent en général plus cher que le crédit bancaire, et c’est ce supplément de taux qui intéresse les investisseurs.
Le crowdlending, un pont entre l’épargnant et la PME
Le prêt participatif aux entreprises met directement en relation des particuliers et des PME. C’est le modèle de Maclear, une plateforme de crowdlending basée à Wallisellen, qui finance principalement des entreprises d’Europe de l’Est. Chaque projet affiche une fiche avec la note de risque, le ratio entre le prêt et la valeur de la garantie (LTV), l’endettement de l’emprunteur et son historique de crédit. Le financement est versé par étapes, et la plateforme agit comme agent des sûretés si un emprunteur fait défaut.
La plateforme met aussi en avant l’article 401 du Code des obligations, qui permet, selon elle, aux investisseurs de faire valoir leurs droits sur les créances acquises pour leur compte si la plateforme elle-même faisait faillite. Cette protection vise la défaillance de l’intermédiaire. Elle ne couvre pas le défaut d’un emprunteur, qui reste le premier risque d’un prêt à une PME. Côté surveillance, Maclear est affiliée à PolyReg, un organisme d’autorégulation reconnu par la FINMA, qui contrôle le respect de la loi sur le blanchiment d’argent. Ce n’est pas une surveillance prudentielle de la FINMA comme celle d’une banque, et la plateforme ne dispose pas de l’agrément européen des plateformes de financement participatif.
Ce qu’un investisseur suisse doit peser
Le premier risque est celui de l’emprunteur. Si les plateformes attirent surtout des entreprises refusées pour faiblesse de crédit, des volumes plus importants iront de pair avec plus de défauts. La vraie question est donc de savoir pourquoi la banque a dit non. Un LTV bas, des garanties tangibles et un emprunteur qui a déjà remboursé des prêts sont de meilleurs signaux qu’un taux élevé.
Le deuxième est le délai. En cas de défaut, la récupération passe par la réalisation des garanties, une procédure judiciaire qui peut durer de plusieurs mois à plus d’un an selon le pays et l’actif. Le capital peut être perdu en partie ou en totalité.
Le troisième est propre aux investisseurs suisses : la monnaie. Ces prêts sont libellés en euros. Si le franc s’apprécie face à l’euro, une partie du rendement s’évapore une fois reconvertie en francs. Un taux de 10 % en euros ne vaut pas 10 % en francs.
Enfin, la fiscalité. Les intérêts perçus sont des revenus imposables et les montants investis entrent dans la fortune imposable : ils se déclarent comme n’importe quel avoir à l’étranger.
Le prêt aux PME peut avoir sa place dans un portefeuille diversifié, à condition de n’y placer qu’une part limitée, de répartir les montants sur de nombreux emprunteurs et plusieurs plateformes, et de n’investir que de l’argent dont vous n’aurez pas besoin pendant toute la durée des prêts.
Cet article ne constitue pas un conseil en placement. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.
Sources : BCE, enquête sur la distribution du crédit bancaire dans la zone euro, deuxième trimestre 2026 (juillet 2026) ; BCE, enquête sur l’accès des entreprises au financement (SAFE), deuxième trimestre 2026.